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Comment nourrir son corps quand les nouveaux traitements diminuent la faim pour favoriser la perte de poids ?

Avec les nouveaux traitements pour la perte de poids, l’appétit peut diminuer fortement. Donc l’alimentation pendant le traitement de l’obésité doit alors répondre à un nouveau défi : manger moins devient souvent plus facile, mais bien nourrir son corps peut paradoxalement demander davantage d’attention.

Avant de poursuivre votre lecture, essayez de répondre à cette question :

Si vous n’aviez presque pas faim aujourd’hui, que mangeriez-vous pour être certain de donner quand même à votre corps ce dont il a besoin ?

Imaginez.

Il est midi. Vous pourriez facilement sauter le repas. Aucune fringale, ni envie particulière de manger. Vous savez pourtant que votre corps a besoin d’être nourri. Alors, que choisissez-vous ?

Un fruit ?
Un yogourt ?
Quelques noix ?
Une soupe ?
Une tranche de pain avec du beurre d’arachide ?
Deux œufs ?
Un morceau de fromage ?
Ou rien du tout, puisque vous n’avez pas faim ?

Et parmi ces choix, savez-vous lesquels vous apporteraient suffisamment de protéines ? De fibres ? Quels aliments seraient les plus intéressants si vous ne pouviez en manger qu’une petite quantité ? La réponse est souvent beaucoup moins évidente qu’on pourrait le croire.

Et si le défi n’était plus simplement de manger moins ?

Pendant longtemps, les conseils entourant la perte de poids ont surtout été construits autour d’une même idée : réduire ce que l’on mange. Moins de calories. Des portions plus petites. Moins de gras. Moins de sucre. Réduire le grignotage. Mais les nouveaux traitements de l’obésité changent profondément la question. Lorsqu’un traitement diminue efficacement la faim et augmente la satiété, certaines personnes n’ont justement plus besoin qu’on leur apprenne à manger moins. Elles le font spontanément.

Il faut alors apprendre autre chose :

Comment nourrir suffisamment bien un corps qui réclame beaucoup moins de nourriture ?

C’est un changement de perspective important. Lorsque les quantités diminuent, la qualité nutritionnelle de ce que nous mangeons prend davantage d’importance. Il faut continuer à fournir à notre organisme ce dont il a besoin pour préserver ses muscles, son énergie, ses os, son fonctionnement intestinal et, plus largement, sa santé.

Autrement dit, avec les traitements modernes de l’obésité, la question n’est plus seulement :

« Comment manger moins ? »

Elle devient aussi :

« Comment faire en sorte que ce que je mange nourrisse réellement mon corps ? »

Et pour répondre à cette question, il faut parfois réapprendre quelques bases que nous pensions pourtant connaître.

Commençons par les protéines : savez-vous vraiment où elles se trouvent ?

Dans l’article précédent consacré à l’activité physique, je vous expliquais pourquoi il est important de solliciter nos muscles pendant une perte de poids. Mais un muscle que l’on souhaite conserver doit aussi être nourri.

Les protéines participent à l’entretien de la masse musculaire. Lorsque la perte de poids est importante et que les quantités de nourriture diminuent, leur place dans l’alimentation devient donc particulièrement importante.

Pourtant, nous surestimons parfois la quantité de protéines contenue dans certains aliments.

Le beurre d’arachide contient des protéines. Le houmous aussi. Le fromage à la crème, les noix ou certains produits végétaux peuvent également en apporter. Mais aux portions habituellement consommées, certains de ces aliments ne fournissent pas nécessairement autant de protéines que nous l’imaginons. Je les appelle parfois, avec mes patients, les « faux amis » des protéines. Ils ne sont pas de mauvais aliments. Il n’est absolument pas nécessaire de les supprimer. Ils apportent d’autres nutriments et peuvent parfaitement faire partie de l’alimentation. Simplement, si vous mangez peu, ils ne devraient pas être votre seule source de protéines.

Un yogourt grec riche en protéines, des œufs, du poisson, du poulet, de la viande, du fromage cottage, du tofu, des légumineuses ou d’autres aliments riches en protéines permettent d’en apporter davantage dans un volume parfois assez petit.

La bonne quantité dépend évidemment de chaque personne : âge, poids, état de santé, activité physique, fonction rénale, importance de la perte de poids et autres conditions médicales doivent être prises en compte.

L’objectif n’est donc pas de transformer chaque patient en comptable des grammes de protéines. Il s’agit plutôt de développer un nouveau réflexe :

« Puisque je mange moins, où est ma source de protéines dans ce repas ? »

Quand chaque bouchée compte davantage

Imaginons maintenant que votre appétit vous permette de manger seulement la moitié de ce que vous mangiez auparavant.

Votre corps n’a pas pour autant besoin de la moitié de toutes les vitamines, de tous les minéraux, des protéines, des fibres ou des liquides dont il avait besoin auparavant. C’est là que se trouve l’un des nouveaux défis de l’alimentation pendant le traitement de l’obésité.

Lorsque le volume alimentaire diminue beaucoup, chaque bouchée compte davantage.

Cela ne veut pas dire que chaque bouchée doit être « parfaite ». Cela signifie simplement qu’il devient intéressant de donner régulièrement une place aux aliments qui nourrissent réellement : protéines, légumes, fruits, légumineuses, grains entiers, produits laitiers ou substituts adaptés, noix et graines, huiles et autres sources de bons gras.

Et il n’est pas nécessaire de cuisiner pendant des heures pour y arriver.

Des légumes surgelés au micro-ondes restent des légumes nutritifs, simples à préparer et intéressants pour leurs fibres, vitamines et minéraux. 

Une soupe repas préparée pour plusieurs jours compte.

Des œufs avec une tranche de pain complet au levain et quelques tomates peuvent constituer un vrai repas riche en fibres, en protéines, en vitamines.

Un yogourt grec avec un fruit peut être beaucoup plus intéressant que de ne rien manger lorsque l’appétit est très faible.

Une alimentation de qualité n’a pas besoin d’être sophistiquée pour être efficace.

Et si je n’ai vraiment pas faim, dois-je me forcer à manger ?

Pas nécessairement.

L’un des bénéfices de ces traitements est justement de permettre à certaines personnes de retrouver une satiété qu’elles percevaient difficilement auparavant.

Il serait assez paradoxal d’apprendre ensuite à ignorer cette satiété et à terminer leur assiette coûte que coûte.

Il faut donc retrouver un équilibre.

Respecter sa satiété ne signifie pas négliger ses besoins nutritionnels.

On peut manger de plus petites portions, prendre davantage de temps, choisir en priorité les aliments les plus nourrissants du repas et répartir différemment ses apports dans la journée. Chez certaines personnes dont l’appétit est particulièrement diminué, trois petits repas auxquels s’ajoutent une ou deux collations seront plus faciles à tolérer que de gros repas. Chez d’autres, l’organisation sera différente.  Il n’existe pas une seule façon correcte de manger.

La thérapie nutritionnelle doit s’adapter à la personne, et non l’inverse.

N’oublions pas l’eau et les fibres

Lorsque nous mangeons moins, nous pouvons aussi boire moins sans nous en rendre compte. Certains traitements de l’obésité ralentissent également la vidange de l’estomac et peuvent s’accompagner de nausées, d’une sensation de plénitude ou de constipation. L’hydratation devient alors particulièrement importante.

Là encore, inutile de transformer la journée en compétition de bouteilles d’eau. L’objectif est simplement de boire régulièrement et d’être attentif à certains signes : bouche sèche, urines très foncées, étourdissements, constipation ou maux de tête peuvent notamment accompagner une hydratation insuffisante.

Les fibres ont également leur place, mais il faut les augmenter progressivement et les accompagner d’une hydratation suffisante. Fruits, légumes, légumineuses et grains entiers peuvent contribuer à la fois aux apports en fibres et à la qualité globale de l’alimentation.

Une assiette plus petite ne doit pas devenir une assiette triste

Il y a cependant quelque chose que les tableaux nutritionnels mesurent mal : le plaisir de manger.

La nourriture n’est pas seulement un assemblage de protéines, de fibres, de vitamines et de minéraux. Nous pouvons y ajouter toutes sortes de goûts avec les épices, les herbes aromatiques par exemple.

Nous mangeons aussi parce que c’est bon.

Parce que nous partageons un repas.

Quelquefois une recette nous rappelle quelqu’un.

La convivialité au restaurant peut être agréable.

Parfois, nous avons simplement envie de nous faire plaisir avec un dessert… ou des chips au ketchup ! 

Et cela fait partie d’une relation normale avec l’alimentation.

Les traitements de l’obésité peuvent modifier la faim, la satiété et parfois même l’intérêt porté à certains aliments. Cependant leur objectif n’est pas de transformer l’alimentation en prescription médicale permanente.

Une alimentation qui soutient la santé doit pouvoir laisser une place au plaisir.

Il n’y a donc pas d’un côté les aliments « parfaits » et de l’autre ceux que l’on aurait « interdiction » de manger.

Mieux nourrir son corps ne signifie pas manger parfaitement.

Cela signifie apprendre à faire des choix qui prennent soin de lui la plupart du temps, tout en continuant à vivre.

Profiter de cette période pour observer plutôt que contrôler

Il se passe aussi quelque chose de particulièrement intéressant lorsque la faim devient moins envahissante. Pour certaines personnes, c’est la première fois depuis longtemps que la nourriture prend moins de place dans leur tête. Cela peut devenir une occasion d’observer :

À quel moment ai-je réellement faim ?

Quelle bouchée me rassasie ? 

Quels aliments me donnent de la satisfaction ?

Lesquels sont moins bien tolérés maintenant ?

Est-ce que je mange parce que mon corps réclame de l’énergie, parce que quelque chose est devant moi, par habitude, pour le plaisir, parce que je suis stressé ou parce que je cherche à apaiser autre chose ?

Il ne s’agit pas de décider que certaines de ces raisons sont bonnes et les autres mauvaises. Nous sommes des êtres humains. Nous ne mangerons jamais uniquement en réponse à un signal biologique parfaitement réglé.

Mais comprendre pourquoi nous mangeons permet progressivement de retrouver davantage de liberté dans nos choix.

Et cette période où la faim est moins puissante peut devenir un formidable laboratoire pour apprendre à mieux nous connaître.

Attention : « je n’ai pas faim » ne doit pas devenir « je ne me nourris plus »

La diminution de l’appétit est recherchée avec plusieurs traitements de l’obésité.

Une incapacité persistante à s’alimenter correctement ne l’est pas.

Une fatigue importante, une faiblesse inhabituelle, des étourdissements, des nausées ou vomissements persistants, une déshydratation, une constipation importante, une diminution de la force ou des apports alimentaires devenus extrêmement faibles méritent d’être discutés avec le professionnel qui supervise le traitement. Il ne faut pas considérer qu’un traitement fonctionne « encore mieux » simplement parce qu’il devient presque impossible de manger.

La dose la plus forte n’est pas nécessairement la meilleure dose pour chaque personne.

L’objectif du traitement de l’obésité n’est pas de créer une personne qui n’a plus jamais faim.

Les traitements aident à traiter une maladie chronique tout en préservant la santé, la fonction, la qualité de vie et la capacité à continuer à vivre pleinement. 

Alimentation et traitement de l’obésité : ce que nous dit la science

Visit recommandations récentes concernant les traitements de type GLP-1 insistent de plus en plus sur l’importance de l’accompagnement nutritionnel.

La diminution de l’appétit et des apports alimentaires qui accompagne ces traitements peut exposer certaines personnes à des apports insuffisants en protéines, vitamines, minéraux, fibres ou liquides. Les recommandations proposent donc d’évaluer l’alimentation avant et pendant le traitement, de surveiller la tolérance digestive et de porter une attention particulière à la préservation de la masse musculaire et de la santé osseuse. C’est ce que l’on fait à chaque consultation en médecine de l’obésité.

Les protéines et le renforcement musculaire occupent une place importante dans cette stratégie, mais il n’existe pas encore une quantité universelle de protéines qui conviendrait à toutes les personnes traitées. Les besoins doivent être individualisés, particulièrement chez les personnes plus âgées ou à risque de perte musculaire.

Autrement dit, les nouveaux médicaments ne rendent pas l’accompagnement nutritionnel moins important.

Ils changent la nature de cet accompagnement. La thérapie nutritionnelle est une partie du traitement. 

Nous devons parfois passer d’une médecine qui cherchait surtout à aider une personne à réduire ses apports à une médecine qui doit également s’assurer que, dans des apports devenus beaucoup plus petits, son corps continue à recevoir ce dont il a besoin.

Mieux penser l’alimentation pendant le traitement de l’obésité

Peut-être pouvez-vous maintenant revenir à la question du début.

Il est midi.

Vous n’avez presque pas faim.

Que choisissez-vous ?

Cette fois, vous pourriez vous poser quelques questions supplémentaires :

Où sont mes protéines ?

Est-ce que ce petit repas m’apporte quelque chose de nourrissant, des vitamines ?

Ai-je suffisamment bu aujourd’hui ?

Est-ce que j’ai encore faim, ou suis-je rassasié ?

Et est-ce que j’ai aussi du plaisir à manger ce que j’ai choisi ?

Vous n’avez pas besoin de réussir parfaitement à chaque repas.

Vous n’avez pas besoin de peser chaque aliment.

Et vous n’avez certainement pas besoin de recommencer un nouveau régime.

Les traitements modernes de l’obésité nous offrent quelque chose que nous avions beaucoup de difficulté à obtenir auparavant chez certaines personnes : une diminution suffisamment importante de la faim pour que l’alimentation puisse enfin prendre moins de place.

Profitons-en non pas pour apprendre à manger le moins possible, mais pour apprendre à mieux écouter et mieux nourrir ce corps.

Car lorsqu’on mange moins, le véritable enjeu n’est pas de remplir une assiette. C’est de faire en sorte que ce que l’on mange compte vraiment.

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