Les nouveaux médicaments utilisés dans le traitement de l’obésité ont profondément changé notre façon d’envisager la perte de poids. Ils sont puissants et, pour certaines personnes, ils permettent enfin une perte de poids importante après des années de régimes, d’efforts, de restrictions et, trop souvent, de déceptions.
Ils peuvent diminuer la faim, augmenter la satiété et faciliter une perte de poids qui semblait auparavant hors de portée. Ils peuvent également améliorer plusieurs paramètres de santé associés à l’obésité.
C’est une avancée remarquable.
Mais il existe une question dont on parle peut-être encore trop peu : que se passe-t-il pendant et après cette perte de poids?
Et surtout : perdre du poids signifie-t-il nécessairement que l’on va enfin se sentir bien?
Pas toujours.
Parce que le poids ne fait pas la personne et que, derrière les kilos que l’on souhaite perdre, il existe souvent autre chose à comprendre, à retrouver, à transformer ou parfois à soigner.
Perte de poids : « je veux gagner quoi ?»
Lorsqu’une personne consulte en médecine de l’obésité, sa demande est souvent très simple : “Je veux perdre du poids.”
Et parfois, elle ajoute : « Je veux être mince. »
Je comprends cette demande. Nous vivons dans une société qui nous a appris à associer la minceur à la santé, à la beauté, à la réussite, à la volonté et même au bonheur. Pendant des années, beaucoup de personnes ont reçu le message qu’elles seraient enfin bien dans leur peau lorsqu’elles auraient atteint le « bon » poids.
Alors elles arrivent avec un objectif très concret : perdre des kilos.
Pourtant, au cours de l’accompagnement, une autre question peut progressivement apparaître : si je veux perdre ce poids, qu’est-ce que je veux réellement trouver à la place?
Cette question peut sembler étrange au premier abord, mais elle change profondément la perspective.
« Perdre » décrit ce dont on veut se débarrasser. Cela ne dit pas encore vers quoi on souhaite aller.
Or, dans les approches thérapeutiques que j’utilise, notamment l’hypnose et la programmation neurolinguistique, nous nous intéressons beaucoup à la manière dont un objectif est formulé. On considère notamment qu’un objectif formulé uniquement par la négative — ne plus être comme ceci, ne plus faire cela, ne plus avoir ce corps, perdre ce poids — donne peu d’informations sur la direction souhaitée. L’inconscient a besoin d’une représentation de ce que l’on veut construire, ressentir ou retrouver à la place.
Il ne s’agit donc pas seulement de demander au corps de perdre.
Il s’agit aussi de permettre à la personne de découvrir ce qu’elle souhaite gagner.
Et la réponse ne m’appartient pas.
Ce que l’on souhaite gagner est différent pour chacun
C’est probablement l’une des dimensions de mon travail auxquelles je tiens le plus : je ne sais pas à la place de la personne ce qu’elle devrait vouloir.
Mon rôle n’est pas de décider que son objectif devrait être de mieux s’aimer, de faire davantage d’activité physique, de manger autrement, de régler son passé ou de transformer sa relation avec son corps.
Mon rôle est de l’accompagner pour qu’elle puisse trouver ses propres réponses.
Pour une personne, perdre du poids peut signifier retrouver suffisamment d’énergie pour jouer avec ses enfants ou ses petits-enfants. Pour une autre, ce sera pouvoir marcher sans douleur, diminuer certains risques pour sa santé ou envisager une grossesse dans de meilleures conditions.
Une autre encore voudra retrouver de la liberté dans ses mouvements, s’habiller comme elle en a envie, reprendre une activité qu’elle avait abandonnée, retrouver confiance dans son corps ou simplement cesser de penser à son poids du matin au soir.
Et parfois, la réponse est beaucoup plus profonde.
La personne souhaite retrouver une vie qu’elle a progressivement mise entre parenthèses. Elle veut reprendre sa place. Elle veut recommencer à faire des projets. Elle a envie de se sentir libre. Parfois c’est de se regarder autrement. Ou encore la personne veut pouvoir manger sans culpabilité. Et souvent les patients veulent arrêter de se battre contre eux-même.
Ce sont ces réponses-là qui m’intéressent, parce qu’elles donnent une direction au changement. On ne cherche alors plus seulement ce que la personne veut perdre, mais ce vers quoi elle veut aller.
Le poids est visible. Le reste l’est beaucoup moins.
Derrière le chiffre sur la balance, il y a toujours une personne.
Il y a son histoire, sa biologie, son alimentation, son sommeil, son activité physique, ses médicaments, ses hormones, son environnement, son niveau de stress et sa santé psychologique. Il y a aussi sa relation avec son corps et avec la nourriture.
Et parfois, il y a des années d’injonctions à être plus mince, des remarques entendues dans l’enfance, des régimes commencés très tôt, des périodes de restriction suivies de perte de contrôle, la peur de manger certains aliments ou encore la culpabilité après avoir mangé.
Il peut également exister une histoire familiale dans laquelle le poids et la nourriture occupaient beaucoup de place. Certaines habitudes peuvent être liées à l’appartenance, au réconfort, aux moments partagés ou à des loyautés familiales parfois difficiles à percevoir. À l’inverse, une personne peut avoir passé sa vie à essayer de ne surtout pas reproduire ce qu’elle avait connu dans sa famille.
Parfois, il existe même cette impression qu’il faudrait choisir entre être mince et être soi-même. Tout cela se trouve sous la surface. Le poids, lui, est ce que l’on voit. C’est la pointe de l’iceberg.
Tout n’a pas forcément besoin d’être « réparé »
Cependant, accompagner une personne au-delà du poids ne signifie pas qu’il faille nécessairement rechercher une blessure psychologique ou une explication profonde derrière chaque kilo.
Toutes les personnes vivant avec une obésité n’ont pas un traumatisme à soigner, une relation pathologique avec la nourriture ou une histoire familiale à dénouer. Parfois, les besoins sont beaucoup plus simples. Il faut retrouver un objectif. Réapprendre à reconnaître sa faim et sa satiété. Trouver une activité physique que l’on aime réellement. Réorganiser les repas lorsque le médicament coupe fortement l’appétit. Préserver sa masse musculaire. Retrouver de l’énergie. Dormir mieux. Ou simplement apprendre à vivre dans un corps qui change.
À d’autres moments, cependant, quelque chose demande à être accompagné plus profondément. Cela peut être une relation douloureuse avec le corps, une peur de reprendre du poids, des comportements alimentaires difficiles, une histoire de restrictions répétées, une faible estime de soi ou encore certaines blessures anciennes qui continuent à peser sur la vie actuelle.
C’est précisément pour cette raison qu’il n’existe pas un parcours identique pour tous.
On ne soigne pas un chiffre. On accompagne une personne.
Perdre du poids n’est pas nécessairement la fin du traitement
C’est également l’une des choses les plus difficiles à comprendre lorsqu’on commence un traitement.
On peut penser : « Lorsque j’aurai perdu du poids, je serai arrivé au bout. »
Mais l’obésité est une maladie chronique. Comme pour d’autres maladies chroniques, le traitement s’inscrit dans le temps. Les médicaments peuvent être nécessaires à long terme pour certaines personnes, notamment parce que les mécanismes biologiques qui favorisent la prise de poids ne disparaissent pas simplement parce que le poids a diminué.
Les études réalisées avec les traitements modernes l’illustrent bien. Dans l’extension de l’étude STEP 1, les personnes ayant arrêté le médicament sémaglutide ont repris en moyenne environ les deux tiers du poids perdu au cours de l’année suivante. Dans l’étude SURMOUNT-4, l’arrêt d’un autre médicament, le tirzépatide a également été associé à une reprise importante du poids, alors que la poursuite du traitement permettait de maintenir et d’accentuer la perte pondérale.
Cela ne signifie pas que le médicament n’a pas fonctionné. Cela signifie que la maladie demeure présente. Et cette réalité peut être difficile à intégrer pour certains patients.
Parfois, c’est même un véritable choc. Les personnes avaient enfin réussi à perdre du poids et découvrent qu’elles pourraient avoir besoin de poursuivre leur traitement pour maintenir les bénéfices obtenus.
C’est là que le soutien devient particulièrement important, parce qu’il ne s’agit plus seulement de prescrire un médicament. Il faut aussi permettre à la personne de comprendre ce qui lui arrive, de s’adapter à cette nouvelle réalité et, surtout, de continuer à construire ce qu’elle souhaite obtenir grâce au traitement.
La semaine dernière, trois histoires complètement différentes
La semaine dernière, j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont rappelé à quel point il est important de regarder au-delà du poids.
La première est une jeune femme de 28 ans. Elle n’est pas prête à être enceinte maintenant, mais elle a un projet de grossesse dans environ deux ans. Elle vit avec une obésité de grade 2, un prédiabète et un syndrome des ovaires polykystiques.
Elle aimerait perdre du poids, mais elle découvre progressivement que son parcours thérapeutique ne sera peut-être pas aussi simple qu’elle l’imaginait.
Son projet de grossesse doit être pris en compte. Certains médicaments utilisés pour traiter l’obésité doivent être cessés avant la conception et ne sont pas utilisés pendant la grossesse. Il faut donc penser au traitement en fonction de son projet de vie et anticiper les différentes étapes. Elle découvre également que le traitement pourrait devoir être prolongé. Cette idée la bouleverse. Elle pleure et elle a peur. C’est complètement normal de traverser des émotions pendant le traitement.
À ce moment-là, mon rôle n’est pas de lui expliquer ce qu’elle devrait ressentir ni de lui dire de rester positive. Il est d’abord de l’écouter et de lui laisser l’espace nécessaire pour comprendre ce que cette nouvelle réalité représente pour elle.
Ensuite, nous pouvons avancer ensemble. Nous discutons des options, nous choisissons un traitement et nous lui laissons le temps de cheminer.
Elle n’a pas à tout accepter aujourd’hui ni à avoir immédiatement toutes les réponses.
Son chemin lui appartient.
Tout le monde n’est pas prêt à faire le même chemin
La deuxième personne que j’ai rencontrée avait besoin d’une perte de poids importante pour améliorer sa santé. Son IMC était supérieur à 40, elle avait un prédiabète, une augmentation de ses triglycérides et un début de maladie du foie.
Elle commence un traitement injectable, mais ne souhaite pas avoir de suivi médical rapproché.
Je respecte son choix, même si, comme professionnelle, je crois qu’un accompagnement peut être très bénéfique.
Parce que perdre du poids ne signifie pas nécessairement que les autres enjeux vont disparaître. Il faudra peut-être apprendre à mieux comprendre sa faim et sa satiété, revoir son alimentation pour s’assurer qu’elle demeure suffisamment nutritive, préserver sa masse musculaire, intégrer davantage de mouvement ou simplement apprendre à vivre avec les changements qui surviennent.
Peut-être qu’un jour elle souhaitera également regarder ce qui se trouve sous la surface.
Ou peut-être pas.
Cette dame n’était pas prête, aujourd’hui, à investir davantage de temps ou de finances dans son parcours car le traitement à un coût et cela aussi doit être respecté.
Un accompagnement ne devrait jamais devenir une nouvelle injonction.
Il doit rester une possibilité, une ressource et une porte que l’on peut ouvrir lorsque l’on en ressent le besoin.
Et parfois, le poids revient
La troisième personne avait perdu du poids avec un traitement.
Puis le traitement a été cessé et le poids est revenu.
Elle n’avait pas compris que le traitement pourrait devoir se prolonger et elle n’avait pas non plus intégré que le suivi pouvait faire partie du traitement.
Encore une fois, il serait facile de regarder uniquement le chiffre sur la balance et de conclure à un échec.
Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.
La reprise de poids après l’arrêt d’un traitement nous renseigne beaucoup plus sur la biologie de l’obésité que sur la volonté de la personne.
Lorsqu’une reprise importante survient, nous pouvons donc nous demander ce qui se passe maintenant. Le traitement est-il toujours adapté? Le contexte de vie a-t-il changé? La faim est-elle revenue? Le sommeil s’est-il détérioré? Un événement important est-il survenu? Et, au-delà de toutes ces questions, comment va réellement la personne?
C’est parfois précisément à ce moment-là que l’on peut également revenir à cette autre question : qu’est-ce que vous vouliez trouver lorsque vous avez commencé à perdre du poids?
Et est-ce toujours ce que vous voulez aujourd’hui?
Se libérer des kilos, mais aussi du poids que l’on porte sur les épaules
C’est ici que je crois que la relation d’aide prend toute sa valeur.
Parce qu’une personne peut vouloir perdre du poids pour sa santé tout en portant depuis des années un autre poids, beaucoup moins visible : le poids des commentaires, de la honte, des régimes, de la comparaison, de la culpabilité ou de l’idée qu’il faudrait enfin réussir à être mince.
Il peut également y avoir le poids d’une relation difficile avec la nourriture, de certaines histoires familiales, de la nécessité de manger pour appartenir ou, à l’inverse, de devoir se restreindre pour être accepté.
Ces choses-là ne se règlent pas avec une injection de médicament.
Elles ne se règlent pas non plus avec une liste de conseils nutritionnels.
Cependant, elles ne doivent pas davantage être interprétées ou décidées à la place de la personne.
Dans une relation thérapeutique, mon rôle n’est pas de chercher absolument ce qui « ne va pas » chez elle. Il consiste plutôt à créer un espace suffisamment sécuritaire et sans jugement pour qu’elle puisse découvrir ce qui compte pour elle, ce qui la freine éventuellement et ce dont elle a besoin pour avancer.
Parfois, quelques rencontres permettent simplement de mettre des mots sur ce qui se passe.
Parfois, une psychothérapie est pertinente et le travail demande davantage de temps.
Parfois, aucune exploration profonde n’est nécessaire et quelques ajustements très concrets suffisent.
C’est la personne qui donne la direction. Le thérapeute l’aide à trouver le chemin.
Le travail psychologique n’est pas là pour culpabiliser
Il est important de le préciser, parce que certaines personnes entendent encore le mot « psychologique » comme s’il signifiait : « Le problème est dans votre tête. »
Ce n’est absolument pas ce que je veux dire.
L’obésité a des déterminants biologiques, psychologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux multiples. Les interventions psychologiques constituent l’un des piliers de traitement et de soutien possibles de sa prise en charge, au même titre que les interventions médicales, nutritionnelles et comportementales.
Le travail psychologique peut permettre de comprendre ce qui se passe plutôt que de se juger pour ce qui se passe. Il peut aider une personne à sortir des injonctions liées à la minceur, à développer une relation plus apaisée avec son corps ou à explorer une relation difficile avec la nourriture.
Mais il peut aussi servir à quelque chose de beaucoup plus tourné vers l’avenir : faire émerger ce que la personne veut construire à la place de ce qu’elle souhaite perdre.
C’est là que différentes approches thérapeutiques peuvent devenir intéressantes. L’hypnose, la PNL, certaines approches psychothérapeutiques ou encore des outils comportementaux peuvent permettre d’explorer les ressources de la personne, ses valeurs, ses besoins et les changements qu’elle souhaite réellement voir apparaître dans sa vie.
L’objectif n’est jamais de lui fournir une réponse toute faite.
Il est de l’aider à faire émerger la sienne.
Tous les professionnels n’ont pas nécessairement la même formation
Il y a aussi une réalité dont il faut pouvoir parler avec respect.
La médecine de l’obésité est un champ spécifique. Comprendre l’obésité comme une maladie chronique, connaître ses mécanismes biologiques, savoir utiliser les traitements pharmacologiques modernes et accompagner les enjeux psychologiques et comportementaux qui peuvent y être associés demande une formation particulière.
Tous les médecins et professionnels de la santé n’ont pas nécessairement reçu cette formation approfondie.
Ce n’est pas une critique, mais simplement une réalité de notre système de santé. Cela peut expliquer pourquoi certaines personnes ont parfois reçu des messages contradictoires : « Mangez moins », « bougez plus », « prenez ce médicament» , « arrêtez votre médicament » ou « vous devez simplement avoir plus de volonté », alors que leur situation nécessitait une approche beaucoup plus globale.
L’objectif n’est donc pas de remplacer un professionnel par un autre, mais de mieux travailler ensemble, parce qu’une personne vivant avec une obésité mérite d’être accompagnée dans toute sa complexité.
Créer des solutions sur mesure
C’est probablement ainsi que je définirais le mieux la CoAttitude.
Il n’existe pas un parcours standard que l’on applique de la même façon à toutes les personnes.
Bien sûr, il existe des connaissances médicales, des recommandations, des traitements dont l’efficacité est démontrée et des principes essentiels pour protéger la santé. Cette rigueur est indispensable.
Mais à l’intérieur de ce cadre, il reste une personne unique.
C’est pourquoi les solutions se construisent ensemble, entre le patient et le soignant ou thérapeute.
Pour l’un, le travail portera surtout sur le traitement médical et l’alimentation. Pour une autre, il faudra ajouter un travail sur l’image corporelle. Une personne aura besoin de retrouver une activité physique qui lui donne du plaisir, tandis qu’une autre devra d’abord retrouver du sommeil ou de l’énergie.
Certaines auront besoin d’hypnose, de stratégies comportementales, d’un travail psychothérapeutique ou d’outils pour mieux traverser certaines émotions. D’autres auront surtout besoin d’informations, d’un cadre, d’un soutien ponctuel et de temps.
Et ces besoins peuvent changer au cours du parcours.
La solution n’est donc pas entièrement contenue dans le médicament, pas plus qu’elle n’est entièrement contenue dans la psychothérapie, la nutrition ou l’activité physique.
Elle se construit progressivement et sur mesure, à la rencontre de ce que la médecine peut proposer et de ce que la personne souhaite réellement pour sa vie.
Et si la définition de la réussite changeait ?
Peut-être que la question ne devrait plus être uniquement :
« Combien de kilos avez-vous perdus? »
Nous pourrions aussi demander :
« Qu’est-ce que cette perte de poids vous a permis de gagner? »
Votre santé s’est-elle améliorée? Dormez-vous mieux? Avez-vous retrouvé de l’énergie? Pouvez-vous faire certaines choses que vous ne faisiez plus? Votre relation avec la nourriture est-elle plus paisible? Avez-vous moins peur de votre corps? Avez-vous retrouvé une forme de liberté? Votre vie est-elle devenue plus grande que votre poids?
Et peut-être avez-vous découvert en chemin un objectif qui n’avait finalement pas grand-chose à voir avec la balance.
Voilà pourquoi je crois qu’il faut faire attention lorsque la perte de poids devient l’objectif ultime.
Le but d’un traitement de l’obésité n’est pas de rendre chaque personne plus légère sur la balance. Le but est de prendre soin de sa santé et d’améliorer sa qualité de vie, tout en l’aidant à aller vers ce qui compte réellement pour elle.
Parfois, cela implique une perte de poids importante. Parfois, une perte plus modeste apporte déjà des bénéfices considérables. Et parfois, malgré les efforts et les traitements, le corps atteint une limite. Cela ne signifie pas que la personne a échoué. Cela signifie que le chiffre sur la balance n’a jamais été, à lui seul, une définition suffisante de la réussite.
Les médicaments peuvent alléger un poids. L’accompagnement peut en alléger un autre.
Je crois profondément à la place des médicaments dans le traitement de l’obésité.
Ils peuvent être extraordinaires et changer une vie. Cependant ils ne sont pas toute l’histoire.
Ils peuvent agir puissamment sur la biologie de la faim et de la satiété et aider le corps à perdre du poids. Cependant, ils ne peuvent pas décider à la place d’une personne de ce qu’elle souhaite faire de cette nouvelle possibilité.
Ils ne peuvent pas lui dire la personne ce qu’elle veut gagner à la place de ce qu’elle perd.
Les médicaments ne peuvent pas, à eux seuls, défaire des années d’injonctions à la minceur, réécrire une histoire familiale, réparer une relation douloureuse avec la nourriture ou apprendre à quelqu’un à habiter autrement un corps qui change.
C’est pourquoi je crois à l’accompagnement.
Pas parce que les médicaments ne fonctionnent pas.
Justement, parce qu’ils fonctionnent.
Lorsque le corps commence à changer, quelque chose devient possible. Et c’est peut-être à ce moment-là que nous pouvons cesser de regarder uniquement ce qui disparaît pour nous intéresser à ce qui peut apparaître à la place.
Au-delà de la perte de poids : qu’est-ce que je veux gagner ?
Qu’est-ce que je veux retrouver? Qu’est-ce que je veux pouvoir faire? Comment ai-je envie de vivre? Comment ai-je envie de prendre soin de mon corps? Qu’est-ce que je veux laisser derrière moi? Qu’est-ce qui mérite encore d’être soigné?
Et surtout : qu’est-ce que je veux gagner?
Les réponses seront différentes pour chaque personne, et c’est précisément pour cette raison que l’accompagnement doit être individualisé, sans jugement et construit avec elle plutôt que pour elle.
C’est peut-être cela, au fond, que j’aimerais que l’on comprenne.
Le traitement ne devrait pas seulement aider à perdre les kilos qui nuisent à la santé. Il devrait aussi permettre de découvrir ce qui est l’échange gagnant : de la santé, de la mobilité, de l’énergie, de la liberté, de la confiance, des projets, du plaisir, de l’apaisement… ou quelque chose de totalement différent, qui n’appartient qu’à soi.
Et parfois, pour parvenir à ce nouvel endroit, il faudra aussi déposer un autre poids.
Le poids de la honte, des attentes, des injonctions, de certaines histoires familiales, de la culpabilité ou de l’impression de devoir toujours recommencer.
Parce que sous le poids, il y a la personne.
Une personne qui n’a pas besoin qu’on lui explique qui elle devrait devenir.
Elle a besoin d’être entendue, respectée et accompagnée pour découvrir elle-même où elle souhaite aller.
Et si nous pouvons faire les deux, prendre soin du corps tout en aidant la personne à trouver ce qu’elle souhaite réellement gagner, alors peut-être que perdre du poids cesse enfin d’être une fin en soi. Et le parcours devient tout autre.