Comment perdre du poids durablement : expertise de la Dre Séverine Mazur, médecin de l’obésité

Perdre du poids durablement ne devrait jamais commencer par une nouvelle diète. Dans la pratique médicale de la Dr. Séverine Mazur, médecin de l’obésité, l’enjeu n’est pas de “tenir bon” quelques semaines, mais de comprendre le corps, sécuriser le processus et construire une démarche de santé stable.
L’objectif n’est pas une transformation brutale, mais un cheminement réaliste qui protège la personne, ses habitudes, son mental et son avenir.
Dans cet article, vous découvrirez une approche claire et durable, basée sur une idée centrale : l’alimentation, dans le contexte de l’obésité, fait partie du traitement.
1) Oublier les régimes : la base d’une perte de poids durable
Pour parler sérieusement de perte de poids, il est essentiel de mettre de côté ce qui semble “logique” au départ, mais qui échoue presque toujours à long terme : les régimes, les diètes et les règles strictes.
Les études scientifiques sont claires : encourager la restriction et la rigidité alimentaire n’est pas une stratégie durable. La Dre Mazur insiste sur un point fondamental :
- La restriction mène souvent à l’échec, car elle déstabilise le corps, augmente la frustration, puis alimente le regain de poids.
- La dépendance alimentaire ne se traite pas comme une addiction où l’on peut “arrêter complètement”, car on ne peut pas arrêter de manger.
La direction médicalement recommandée aujourd’hui est la thérapie nutritionnelle, c’est-à-dire une alimentation pensée comme un pilier thérapeutique au même titre que le suivi médical ou psychologique.
2) Réapprendre à manger : reconnecter le corps, la faim, et la satiété
“Bien manger” n’est pas seulement choisir des aliments “sains”. C’est d’abord savoir ce que l’on fait quand on mange.
Or, dans l’obésité, il est fréquent que les personnes soient :
- déconnectées de leurs sensations corporelles,
- parfois déconnectées de leurs émotions,
- et aient un fort potentiel de dépendance alimentaire.
L’enjeu n’est donc pas seulement nutritionnel : il est aussi sensoriel et comportemental.
La Dre Mazur recommande de ramener la personne vers une compréhension simple et concrète :
Comprendre ce qui nourrit réellement la satiété
Les approches les plus efficaces permettent aux patients de comprendre :
- comment les aliments influencent la satiété,
- comment ils participent au maintien des muscles,
- et comment ils peuvent soutenir la régulation naturelle de la faim.
Progressivement, la personne améliore son savoir alimentaire, apprend à :
- mieux lire ce qu’elle achète,
- éviter les produits ultra-transformés hyper gras ou hyper sucrés,
- faire des choix plus cohérents à l’épicerie.
Ce n’est pas une règle stricte : c’est une autonomie qui se construit.
3) Hydratation : un levier sous-estimé pour mieux réguler l’appétit
L’hydratation est un point simple, mais particulièrement important en gestion du poids.
Certaines personnes vivant avec l’obésité peuvent ressentir des signaux internes parfois confus. Il arrive qu’elles :
- confondent la soif avec la faim,
- interprètent mal certaines sensations.
Ainsi, apprendre à s’hydrater au quotidien fait partie de la rééducation alimentaire.
Ce n’est pas un détail : c’est une stratégie qui aide à réduire les grignotages réflexes et à clarifier les signaux corporels.
4) Le premier vrai pas : organiser l’alimentation pour rassurer le corps
La Dre Mazur propose une approche très concrète :
organiser l’alimentation au quotidien pour rassurer le corps.
Le corps a besoin de sentir qu’il est en sécurité alimentaire.
Quand une personne saute des repas, attend trop longtemps ou mange de façon imprévisible, cela peut amplifier :
- les fringales,
- la perte de contrôle,
- les décisions alimentaires impulsives.
Respecter la faim au bon moment
Une règle simple : manger quand la faim apparaît, sans attendre qu’elle devienne intenable.
Beaucoup de patients expliquent que :
- le matin, ils n’ont pas faim et sautent le petit déjeuner,
- puis la faim devient très intense vers midi.
Dans ce cas, une stratégie utile peut être de cesser le jeûne au milieu de la matinée, afin de :
- atteindre une satiété plus stable,
- et ramener la faim du lunch à une intensité plus confortable.
Ce type d’ajustement n’a rien d’un régime : c’est une adaptation intelligente aux besoins physiologiques du corps réellement.
5) Protéines et satiété : un pilier simple et puissant
Parmi les recommandations clés de la Dre Séverine Mazur, une ressort avec une grande efficacité :
augmenter les protéines de manière cohérente à chaque repas.
Pourquoi ? Parce que les aliments les plus rassasiants sont :
- les protéines
- les gras
Dans une alimentation inspirée du Guide alimentaire canadien, le premier pas efficace consiste à viser un bon apport en protéines à chaque repas.
Combien de protéines par jour ?
- Une personne sédentaire peut viser environ 1 g de protéines par kg de poids corporel par jour.
- Dans une perspective de perte de poids, augmenter légèrement cette quantité peut aider à :
- soutenir la faim,
- rassurer le corps,
- limiter la perte musculaire.
- soutenir la faim,
Exemple :
- Une personne de 90 kg devrait consommer au minimum 90 g de protéines par jour.
6) Le rythme alimentaire : 3 repas + 1 à 2 collations (si nécessaire)
Une perte de poids durable n’est pas seulement “quoi manger”, mais aussi quand manger.
La Dre Mazur recommande souvent un rythme de base :
- 3 repas par jour
- and 1 à 2 collations selon les besoins
Ce rythme correspond au fonctionnement naturel du corps chez la plupart des gens :
manger toutes les 3 à 4 heures environ.
L’objectif est encore le même :
- stabiliser le corps,
- réduire l’urgence alimentaire,
- diminuer les écarts qui viennent d’une faim trop intense.
7) Modération : aller plus loin plutôt que “tenir bon”
La Dre Mazur résume cette logique avec une idée simple :
tout est dans la mesure.
La perte de poids durable ne vient pas de la perfection, mais de la continuité.
“Manger de tout un peu, avec modération” permet souvent :
- plus de sérénité,
- moins de culpabilité,
- une meilleure stabilité sur plusieurs mois.
8) Sommeil, stress, hormones : ce qui influence la perte de poids au-delà des calories
Même avec une alimentation bien structurée, d’autres facteurs influencent fortement le poids.
Le sommeil : un pilier trop souvent négligé
Un sommeil de qualité (durée + rythme) influence favorablement :
- la perte de poids,
- le maintien du poids.
La Dre Mazur rappelle que :
- dormir moins de 6 heures
- or plus de 9 heures
augmentent les risques de prise de poids.
Les raisons peuvent inclure :
- le stress de journées trop longues,
- la sédentarité associée à des nuits très longues,
- une perturbation globale des signaux de régulation.
Apnée du sommeil : dépistage essentiel en obésité
Chaque personne en obésité devrait envisager un dépistage de l’apnée du sommeil, car elle :
- dégrade la qualité du sommeil,
- favorise la prise de poids.
Des outils de repérage de l’apnée, utiles incluent :
- l’échelle d’Epworth
- the circonférence du cou
- au-dessus de 48 cm : probabilité augmentée
- en dessous de 37 cm : probabilité diminuée
- au-dessus de 48 cm : probabilité augmentée
- et certains facteurs comme : ronflement, HTA, sexe, signes de somnolence.
9) Métabolisme, génétique et “poids de consigne” : pourquoi le corps résiste
Le corps cherche naturellement l’équilibre entre :
- les entrées d’énergie (ce que l’on mange),
- et les dépenses (ce que l’on consomme).
Quand les entrées dépassent les dépenses, le corps stocke.
Avec le temps, le poids le plus élevé devient une forme de référence interne : le poids de consigne (set-point).
Pourquoi la perte de poids devient plus difficile après une baisse
Lorsqu’une perte de poids survient, le corps peut interpréter cela comme un signal de danger (comme une maladie).
Il réagit en :
- ralentissant le métabolisme basal,
- conservant l’énergie en réserve,
- favorisant le retour vers le poids de consigne.
La génétique joue aussi un rôle important :
plus de 140 gènes sont impliqués dans la gestion du poids.
C’est pourquoi, selon la Dre Mazur, les changements progressifs et plus lents sont souvent plus efficaces :
- ils respectent le corps,
- soutiennent l’acceptation,
- et augmentent les chances d’installer un nouveau “poids bien-être”.
10) Mesurer une perte de poids en santé : au-delà de la balance
Le chiffre sur la balance n’est pas le meilleur indicateur de santé.Un indicateur très utile est :
Le tour de taille (en cm)
Surtout si la personne augmente son activité physique, car :
- la masse adipeuse abdominale diminue,
- la masse musculaire peut se stabiliser ou augmenter,
- le tour de taille baisse même si le poids ne baisse pas autant (ou augmente).
D’autres outils existent (selon les cas) :
- balance à impédance
- lipodensitométrie
La progression réelle peut donc être invisible sur la balance, mais très visible sur la santé.
11) Activité physique : un outil de santé, pas une punition pour maigrir
La Dre Mazur est très claire :
le but du sport n’est pas la perte de poids.
Dans une démarche de gestion du poids, l’activité physique sert surtout à :
- protéger la masse musculaire,
- soutenir la santé globale,
- améliorer la capacité du corps à fonctionner efficacement.
Le risque lors d’une perte de poids est de perdre :
- de la graisse et aussi
- du muscle
Or, perdre du muscle n’est pas souhaitable.
Attention au signal de faim après l’activité
Après une activité, le corps envoie souvent un signal de faim pour “recharger”.
Dans un objectif de perte de poids, ce signal doit être tempéré consciemment avec des stratégies comme :
- choisir de bonnes collations post-effort,
- bien s’hydrater,
- se re-saler si nécessaire.
Quelles activités sont durables ?
Une activité modérée est souvent suffisante pour :
- conserver les muscles,
- encourager le corps à utiliser l’énergie sans stocker.
Exemples possibles :
- marche
- ménage actif
- vélo
- danse
- patin
- bouger de la manière qui convient à la personne
Pour renforcer le corps, les pilates peuvent être utiles pour la sangle abdominale profonde :
10 à 30 minutes par jour peuvent suffire.
Plus l’activité est compatible avec une vie normale, plus elle a de chances d’être maintenue.
12) Mythes fréquents sur la perte de poids à déconstruire
Mythe 1 : “La balance = le bonheur”
Le poids peut être un point central au début, et c’est normal.
Mais la santé durable s’installe quand la personne découvre une vision plus large :
- équilibre alimentaire
- équilibre psychique
- équilibre physique
- sérénité
Mythe 2 : “Il faut être strict pour réussir”
La restriction est souvent la base des échecs.
Dans l’obésité, la solution n’est pas la rigidité, mais :
- les compromis,
- les choix,
- la stabilité.
Mythe 3 : “Je dois faire du sport pour perdre du poids”
Le sport aide la santé, les muscles, les organes, et diminue plusieurs risques.
Mais le but principal n’est pas la perte de poids.
Mythe 4 : “Je dois y arriver seul”
Demander de l’aide n’est ni un échec, ni une faiblesse.
L’obésité est une maladie chronique évolutive : le corps lutte contre la perte de poids.
Un accompagnement est souvent nécessaire.
13) Suivi médical et accompagnement psychologique : sécuriser le parcours
La Dre Mazur explique que le suivi médical sert à :
- sécuriser la perte de poids,
- suivre les signes vitaux et les paramètres biologiques,
- prescrire des examens,
- faire des dépistages essentiels,
- recommander une activité adaptée,
- proposer des traitements médicamenteux lorsque nécessaire.
Elle cherche aussi à identifier certains éléments souvent liés à l’obésité :
- apnée du sommeil
- défis hormonaux féminins
- TDAH
- trouble d’accès hyperphagique
- dépression
- trouble anxieux
- organisation alimentaire quotidienne
Pourquoi l’accompagnement psychologique est essentiel
Surtout au début, car il permet :
- d’identifier ce qui bloque le processus,
- de créer un soutien adapté,
- d’accueillir les enjeux qui émergent en cours de route.
- medications
- PNL
- hypnosis
- EFT
- gastric balloon
- remplacements alimentaires
- chirurgie
14) Les découvertes scientifiques qui transforment la compréhension de l’obésité
Selon la Dre Mazur, comprendre la physiopathologie de l’obésité est une avancée majeure.
Parmi les mécanismes importants :
- un déséquilibre de communication entre cerveau et cellules adipeuses
- le rôle de la leptine et de la ghréline dans la faim et la satiété
- le dysfonctionnement de la boucle de récompense dans l’alimentation émotionnelle, compulsive ou anxieuse
- une meilleure compréhension de l’hyperphagie boulimique
- le concept du poids de consigne
- les mécanismes de regain après diètes et pertes rapides
Ces découvertes montrent pourquoi l’alimentation et l’activité physique seules ne suffisent pas toujours à “guérir” l’obésité, et pourquoi la stratégie doit être globale.
15) Ce qui distingue les patients qui progressent le mieux (au-delà du résultat)
Selon la Dre Séverine Mazur, les meilleurs indicateurs de progression sont :
- l’installation durable des habitudes avec moins d’effort
- la constance de la routine
- la capacité à lâcher prise sur les contraintes
- la reprise du mouvement avec plaisir, même à minima
- le retour de la vie sociale
- une forme de calme intérieur, de présence à soi
- la présence de plaisir dans le cheminement
- un objectif de santé clair et stable
Conclusion : perdre du poids durablement, c’est retrouver de la sécurité et de la cohérence
L’approche de la Dr. Séverine Mazur, médecin de l’obésité, ne repose pas sur le contrôle absolu, mais sur la compréhension, la stabilité et le soin.
Perdre du poids durablement, c’est :
- arrêter de se battre contre son corps,
- apprendre à l’écouter,
- structurer une routine rassurante,
- protéger ses muscles,
- dormir mieux,
- se faire accompagner,
- et avancer à un rythme qui respecte la réalité de la maladie.
C’est un processus médical, psychologique et humain, qui vise moins la performance immédiate… que la paix à long terme.